UA-68671480-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17/09/2011

Conclusion.

 

Voilà, j'ai essayé de décrire ce à quoi je crois après l'avoir expérimenté, amendé, fignolé et surtout pratiqué. C'est le fruit d'une réflexion qui s'étale sur de nombreuses années et qui puise aux échecs et aux réussites de toute une carrière. Ce livre n'engage que moi. Il y a bien d'autres écoles de pensée et il y a des collègues qui sont des fous de boulot et qui réussissent encore mieux car ils sont tout simplement surdoués.

 

Toi, tu n'es pas surdoué, tu es comme moi, l'instit de base, celui qui croit à ce qu'il fait et qui a décidé d'y consacrer une partie de sa vie. Mais une partie seulement : tu as une vie personnelle, une vie de famille et cette autre partie de ta vie est nécessaire à ton épanouissement en temps qu'individu. Ne te laisse pas grignoter par le métier. Organise-toi en t'aidant de ce livre. N'attends pas 20 ou 30 ans de carrière pour trouver la sérénité. C'est le but dans lequel je l'ai écrit. Il se trouve qu'il collait mieux aux programmes de 2002 qu’à ceux de 2008, à mon goût trop guidés par l’idéologie des concepteurs.. Mais les programmes doivent se plier à la réalité de ta classe, donc…

 

Des fascicules spécifiques aux enseignements complètent utilement cet ouvrage. Tu y trouveras des pistes de travail intéressantes, qui te permettront, je l'espère d'aborder ton travail d'une façon rationnelle. Mais, quels que soient tes choix, n'oublie pas que, contrairement à ce qu'on a laissé croire trop longtemps :

 

C'est le maître et son projet qui occupent, à mon sens, une place privilégié au cœur su système éducatif. C'est donc toi, qui détiens certaines clés de la réussite ou de l'échec d'un enfant. Il faut redonner à l'enseignant le lustre qu'il a perdu. Par ton travail intelligent tu seras sur la bonne voie pour être reconnu.

 

Les prochaines notes qui seront mises en ligne sur ce blog traiteront de la maîtrise de la langue française et couvriront les domaines de la lecture, de la production d'écrits, les outils de la langue (grammaire, orthographe, vocabulaire, conjugaison). Elles proposeront des pistes de travail et surtout des listes de compétences à faire acquérir aux enfants, listes données à titre indicatif, pour que chacun puisse y "pilloter" à sa guise et faire son miel.

 

12:11 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

16/09/2011

Echec scolaire, certes! Mais quid de l'échec pédagogique??

 

Elèves en échec scolaire ou maîtres en échec pédagogique ?



Il y a quelques années, lors d’une de ces grands-messes pédagogiques qu’affectionnent certains IEN, le thème récurent du débat était “ l’échec scolaire’’. L’IEN avait demandé à l’assistance d’essayer de définir l’enfant en échec scolaire. Il semblait qu’un consensus se dessinait, définissant l’enfant en échec scolaire comme un enfant qui n’arrive pas à acquérir les compétences correspondant à son cycle. Et puis ma question a fusé du petit groupe dans lequel je me trouvais, question qui abordait l’inabordable :

On parle toujours de l’enfant en échec scolaire mais jamais du maître en échec pédagogique. Ne serait-ce pas le maître qui serait, dans bien des cas, en échec par rapport à l’enfant, de part sa façon de fonctionner, par exemple en n’essayant pas de voir plus loin que le bout du nez d’un manuel qui pense à sa place ?’’

Un silence pesant suivit la question. L’IEN, surpris qu’un maître dise tout haut ce que lui, l'Inspecteur, pense tout bas depuis longtemps et qu’il ne peut exprimer de peur d’avoir la vindicte syndicale sur le dos, se dépêcha de répondre, après un sourire qui en disait long, que la question posée avait toute sa valeur mais que le temps manquait pour entrer dans le débat.

Car voilà bien de quoi il s’agit. L’échec pédagogique du maître est un sujet tabou. Oh! Je ne parle pas des quelques incompétents qui d’ailleurs ne sévissent pas longtemps dans les écoles. Non, je parle de toi, de moi, des membres de ton équipe pédagogique, bref du maître, de la maîtresse de base.

J’ai eu, quelques temps plus tard, une conversation franche sur ce sujet avec le même IEN. Nous fûmes d’accord pour admettre que bien des maîtres n’osent pas aborder de front le problème et se réfugient derrière des contingences matérielles pour éluder le sujet. Pire, le sujet est encore tabou dans certaines sphères académiques : c’est le sujet qui fâche les syndicats qui clouent au pilori l’Inspecteur qui oserait l'évoquer. Tant que les syndicats joueront cette partition, rien ne pourra avancer. Il y a, parmi les syndicalistes, des gens qui pensent comme moi, mais qui se taisent prudemment car ce n’est pas la pensée syndicalement correcte.

Et ils sont puissants, ces bougres de syndicats, défendant bec et ongles leurs avantages acquis, un peu ceux des maîtres, mais surtout les leurs : nombre beaucoup trop grand de décharges syndicales, (Claude Allègre a failli le dire mais même le Ministre de l’Education Nationale a dû se taire!) stages particuliers, déplacements aux frais de la princesse pour les délégués de l’étranger etc. Il manque des postes ? Remettons donc les déchargés (décharges totales ou demi décharges !) devant des enfants : d’une part ça allègera les effectifs, d’autre part les responsables syndicaux seront au plus près des réalités pour mieux les comprendre. Mais bon ! Arrêtons l’anti-syndicalisme primaire, ça ne te dit pas comment procéder.

Nous sommes donc gavés de discours syndicaux qui exigent des postes, des moyens, pour lutter contre l’échec scolaire. Personne dans les syndicats ne dira que les maîtres ne travaillent pas “comme il faudrait’’ car le pas “comme il faudrait’’ c’est ce que veut l’administration. Et un syndicat ne défend pas l’administration. Nous avons été gavés d’Instructions Officielles ou de Programmes qui disent tous à peu près la même chose malgré un emballage ministériel plus ou moins bien ficelé et surtout que nous ne lisons que du bout des yeux. Nous sommes gavés de manuels, “conformes aux derniers programmes’’ qui ont pensé à notre place et nous cédons trop volontiers aux sirènes de la consommation. Quant aux l’IUFM, bon nombre des formateurs qui y interviennent (Pour certains, je serais même tenté de dire : qui y sévissent!) sont trop loin des réalités de l’école élémentaire pour s’en préoccuper. Les IEN, eux, sont assis entre deux chaises et n’ont pas la partie facile.

Autre constat largement (Trop ?) diffusé dans les médias : les élèves ne savent pas lire en arrivant en 6ème, et l’illettrisme a fait son apparition dans des proportions non négligeables. En ce qui concerne la non maîtrise de la lecture en arrivant en 6ème, c’est pour partie une invention des professeurs de français pour masquer leur incapacité à gérer ce que l’école primaire a mis en place. Quant à la liaison CM2-6ème c’est encore trop souvent “rencontres du troisième type’’. Je m’explique.

Le prof, lui, il a son programme à effectuer, il a son vocabulaire à lui, ses horaires à lui, plus ou moins bien ficelés, son fonctionnement bien à lui, différent de celui l’autre prof d’à côté, il a ses convictions, ses contraintes, il doit effectuer du soutien obligatoire, mais pas forcément avec les élèves dont il a la charge d’enseignement etc. Et l’enfant dans tout ça ? C’est lui qui trinque et on dit qu’il ne sait pas lire, alors que sa lecture n’a peut-être besoin que d’être soutenue, ses référents enrichis, et qu’il ne suffit parfois que d’un peu d’écoute ou de patience.

On me rétorquera qu’il y a l’évaluation nationale des 6ème. Soyons clairs, il s’agit d’une évaluation diagnostique chargée de donner une photographie des réelles compétences des élèves d’une tranche d’âge à un moment donné et on peut faire dire tout et n’importe quoi aux résultats. Oui, il y a des enfants en grosses difficultés ; mais qui sont-ils ? Des non-lecteurs en CM2 ? Il n’y a qu’à Mayotte que j’en ai rencontré en trente ans de carrière. Mais Mayotte, c’est un cas d’espèce.

Qu’il y ait des enfants qui soient en délicatesse avec l’apprentissage de la lecture je l’admets volontiers. Mais qu’on dise qu’on ne sait pas lire quand on arrive en 6ème, cela est tout de même un peu gros. Il suffit de savoir ce qu’on met derrière le mot lecture pour avoir la réponse.

La combinatoire est acquise dans 99 % des cas, même si elle est parfois hésitante. Pourquoi est-elle hésitante ? C’est par manque criant de référents. S’il n’y a pas d’image mentale, le mot est, de toute façon, incompris et donc, pour certains élèves fragiles, mal déchiffré. Or, un enfant ne sait lire et comprendre que les mots dont l’image mentale est identifiée par lui. S’il a peu de référents, il sera en grosse difficulté au collège, non pas parce qu’il ne sait pas lire, mais parce qu’il ne maîtrise pas totalement la langue par manque d’images mentales. Alors, si en plus le prof utilise et cherche à imposer un vocabulaire technico-pédagogique, à mon sens hors de propos, c’est la cata. (J'ai vu un énoncé de devoir du soir donné à un élève de 6ème rédigé ainsi : relève tous les connecteurs spacio temporels de ce texte. Le gamin, bon élève au surcroît, n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être !) Et là, tu vas retrouver en difficulté les enfants issus des classes sociales sinistrées linguistiquement : enfants de l’immigration récente, du monde des gens du voyage, et malheureusement de cette frange de la France profonde intellectuellement pauvre. Les cas graves, eux, l’école élémentaire les a déjà orientés vers les SEGPA, les IMP, et autres établissements spécialisés.

Alors, le maître en échec pédagogique dans sa classe, c’est toi, c’est moi, c’est bon nombre d’entre-nous, reconnaissons-le parce que nous ne donnons pas toutes les chances aux enfants de réussir. Oh! Bien sûr, chaque classe se compose en gros d’un tiers de bons élèves, d’un tiers d’élèves dits moyens, et d’un dernier tiers d’élèves en difficulté et nous ne sommes pas en échec avec tous. C’est le tiers d’élèves en difficulté qui pose problème et parmi eux quelques individualités. Nous savons diagnostiquer mais personne ne nous a pas appris à vraiment combattre l’échec scolaire.

Toi, à ton niveau, tu as ton rôle à jouer. Le tiers d’élèves qui est en difficulté dans ta classe, analyse-le bien. Sont-ils en difficulté partout ? Qu’en est-il de la lecture ? Qu’en est-il de la maîtrise de la langue au niveau des référents compris ? Qu’en est-il du comportement face à l’école, à l’acte d’apprendre ? Si vraiment il y a une grosse distorsion, revois tes objectifs à la baisse et avance doucement en essayant de faire acquérir en priorité les compétences de base sans lesquelles l’enfant ne progresse pas. Un coup d’œil au document d’accompagnement des évaluations du CE2 te permettra de bien les appréhender pour pouvoir les travailler ensuite. La tâche n’est pas insurmontable, même avec un effectif lourd. (Pour exemple, à Mayotte, pendant l’année scolaire 2002-2003, j’avais un CE2 de 28 élèves répartis ainsi : 9 non-lecteurs ; 8 lecteurs déchiffrant sans compréhension, 11 lecteurs avec compréhension dont 1 de niveau métropolitain, à savoir : réussite 65% en français, 70% en maths. J’ai, par la force des choses, partagé ma classe et mes objectifs en trois groupes : niveau CP, niveau CP CE1, niveau CE1CE2. 8/9 des non-lecteurs ont appris à lire avec Ratus en un an, 2/8 du groupe intermédiaire ont pu rejoindre le CM1 avec 11/11 du groupe de niveau CE2.) On n’a pas, en France, même en ZEP de profil de classe comme ça.

Donc, la difficulté scolaire doit se gérer plus facilement, il suffit de le vouloir et de se donner les moyens. Et les moyens, ce n’est pas le manuel qui les donne. C’est ta pédagogie, c’est ta façon de procéder comme dans une classe à plusieurs niveaux. Défini les compétences, donne aux élèves les moyens de les maîtriser, peu à peu, lentement, mais sûrement. Mets au point un protocole compris de l’enfant, de ses parents, et du groupe classe. Obtiens leur adhésion car elle est la clé de voûte de ta réussite. C’est dans un climat de confiance que tout ce petit monde doit évoluer. Sache bien que malgré tout, tu n’atteindras que des niveaux à peu près raisonnables avec ces enfants. Mais tu leur auras donné la chance de progresser. La pédagogie différenciée ne t’empêchera jamais pas d’avoir fini ta journée à 16h 30. Car c’est bien de ça dont il s’agit dans ce livre. Travailler mieux, en travaillant moins, y compris pour l’élève, surtout celui en difficulté. Il lui faut plus de temps pour acquérir ? Donne-lui du temps ! Il se noie dans un verre d’eau ? Ne rempli pas trop le verre ! Il a besoin de se sentir en confiance ? Fais en sorte d’encourager ses progrès ! Conforte-le dans ses acquisitions, car il va en faire des progrès, c’est le but de la manœuvre ! Les objectifs qu’il doit atteindre au niveau des savoirs et des savoir-faire, il doit les connaître et être soutenu dans l’idée qu’il va y arriver.

Toi, tu sais pertinemment que ses moyens sont limités et que de toute façon, il aura bien du mal à suivre le rythme des autres. Mais tu lui as proposé une sorte de contrat progressif et il fait tout pour s’y tenir. Le gamin à encéphalogramme plat à l’école élémentaire, ça n’existe pas. De temps en temps, bien sûr, on tombe sur un cas difficilement gérable. C’est le cas qu’il faut admettre comme faisant partie des élèves pour lesquels je, tu, nous ne pourrons rien. Le signalement au RASED s'impose.

Aussi, ne place pas l'élève en difficulté à part dans l'espace classe. Si les tables sont individuelles, la modularité sera de mise. Ne le place pas non plus en décalage temporel avec les autres. Il travaille sur les mêmes activités avec une compétence à maîtriser adaptée, avec un support de travail différent. Son exercice d'entraînement sera allégé ou d'approche différente. Il doit se sentir capable de réussir ce que tu lui proposes. La réussite entraîne souvent la réussite. Le PPRE (projet particulier de réussite éducative) ce n'est rien d'autre qu'une adaptation raisonnée à une difficulté recensée des programmes de l'école. Cela ne te créeras pas de surcharge de travail, simplement la réflexion pour adapter la trame générale de la classe à ces cas spécifiques. Et si tu dois apprendre à lire à des non lecteurs, et bien accorde-toi le temps de le faire en proposant au reste du groupe classe une activité autonome. Tout le monde sera gagnant.

Chacun des chapitres concernant les contenus présente des tableaux d’évaluation avec des compétences à faire acquérir. Plonge dans ces tableaux pour te faire une idée de chaque enfant en difficulté. Au besoin, crée spécialement pour le contrat de soutien un relevé spécifique à l’enfant en question. L’évaluation de chaque compétence se fera par rapport à la compétence même et non par rapport à la norme admise. L’enfant doit se sentir capable de réussir ce qu’on lui demande et doit être encouragé. 12 réussites / 20 est un résultat qui mérite un encouragement pour un élève fragile mais qui sonne aussi comme un avertissement pour un bon élève. C’est toute cette gestion de l’acquisition qui fait que tu réussiras, sans travail supplémentaire. (Hormis le temps de la réflexion et celui de l’écrire noir sur blanc !) L’enfant en difficulté doit être persuadé qu’il progresse et que le fossé avec les autres ne s’agrandit pas. C’est peut-être autant un travail de psychologie que de pédagogie. Tu conviendras qu’aucun manuel scolaire ne peut apporter cela.

Alors, “exercice n° 3 page 35 pour tout le monde’’, ce n’est peut-être pas le bon moyen de conforter l’élève en difficulté. A toi de choisir le camp dans lequel tu veux jouer. La partie est simple : elle ne procure pas une surcharge de travail crois-moi. Celui qui dira le contraire ne sait pas de quoi il parle. Et comme je suis à la retraite, je peux même venir en parler dans ta classe avec toi.





20:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Coopération? Un outil du succès pédagogique.

 

Et si ta classe devenait une classe coopérative ?

 

Le dictionnaire dit : coopérer : agir conjointement avec quelqu’un.

 

Dans une classe de cycle III, tu as tout intérêt à impliquer les enfants dans le fonctionnement institutionnel, quotidien, financier et pédagogique de ta classe. Tu gardes le contrôle de tout, mais tu te décharges de l’exécution sur les enfants que tu responsabilises. Certains y arrivent en cycle II, mais les responsabilités élèves y sont moins grandes.

 

Il y a en classe une tâche institutionnelle incontournable qui incombe au maître, c’est la tenue à jour du registre d’appel. Il s’agit de laseule pièce officielle aux yeux de la Justice pour justifier ou non de la présence d’un enfant à l’école tel jour à telle heure. Tu en es responsable, ton Directeur où ta Directrice le vise chaque mois et l’IEN le signe lors de sa visite d’inspection. Mais rien ne t’empêche de déléguer la tâche de noter les absences à un groupe d’enfants. Tu te contenteras de vérifier au jour le jour, et de contresigner en fin de mois, une fois les calculs faits, par les enfants (S'ils sont à leur portée, évidemment !). Commeil s’agit d’un travail de mathématiques qui trouve son application sur une situation concrète, pourquoi s’en priver.

 

Puis il y a tout le secteur financier auquel il est très difficile d’échapper. Tout va tourner autour de la gestion coopérative de la classe, et si tu n’y impliques pas les enfants, tu risques d’y passer un temps précieux. Bien des classes ont une coopérative mais ne fonctionnent pas comme une coopérative et se trouvent même dans la plus totale illégalité. Et puis le jour où un organisme officiel ou des parents réclament des comptes : branle-bas de combat pour justifier la comptabilité! Alors, pour éviter et le laxisme et la perte de temps précieux, mais aussi gérer avec rigueur en impliquant les enfants, autant donner à ta classe une gestion coopérative.

 

Tu vas commencer par exposer aux enfants ce qu’est une coopérative. Interroge-les d’abord sur l’idée qu’ils en ont. La réponse, pour des élèves lambda, sera : “c’est l’argent qu’on donne au début de l’année.” Plus de 80 % des élèves répondront cela. Puis propose la définition du dictionnaire : “ agir conjointement avec quelqu’un.’’Dans quels domaines va-ton agir conjointement ? Qui va agir avec qui ? Quelle forme peut prendre l’implication des enfants ? A quoi sert l’argent de la coopérative ? Qu’est-ce que l’Office Central de Coopération à l’Ecole, l’OCCE ? Autant de sujets de débat, parmi d’autres, qu’il faudra aborder.

 

La coopération s’aborde déjà sur le plan humain. Les décisions qui impliquent la vie des enfants dans l’école doivent être débattues avec eux, ou du moins, avec leurs délégués.

 

J’ai lâché le mot “délégué’’. Qu’est-ce qu’un délégué ? Encore un débat à mettre en place. En fin de compte, un délégué est un élu, désigné par la majorité de ses camarades. Pour être délégué, il faut d’abord en avoir envie, donc faire acte de candidature. Comme le mandat va s’exprimer dans le cadre de la classe et de l’école, il faut que le candidat délégué présente à ses électeurs un programme cohérent, en phase avec les impératifs de l’école, à savoir le règlement intérieur et les programmes du ministère. Une campagne se met donc en place. Au préalable, dans le cadre de l’instruction civique, tu auras dirigé la mise en place d’un “code électoral’’ : nombre de délégués à élire, mode de scrutin, modalités du vote. Essaie de coller le plus possible à la réalité des élections en France. Avec deux délégués à faire élire et un suppléant, tu peux proposer trois scrutins successifs, tous à deux tours, à la majorité absolue ou relative. Au premier tour, on qualifie, au second tour on choisit. Le vote à bulletin secret, avec une urne donne vraiment un caractère officiel à l’élection. Si on procède ainsi dans toutes les classes de l’école, c’est un moment fort du temps scolaire.

 

Voilà donc les délégués élus. Ils vont prendre leur rôle au sérieux, crois-moi ; gestion des espaces de la cour, gestion du matériel collectif d’EPS etc. Ils savent se trouver des tâches, souvent critiquer le choix de l’adulte, mais aussi proposer, maladroitement parfois, des solutions ou des projets. Tu dois être à l’écoute de façon à ne pas minimiser leur rôle. Si un projet peut voir le jour, il faut en faire le tour avec eux, définir l’action, la situer dans l’espace et le temps, voir comment on peut la réaliser, évaluer les coûts, la proposer au décideur final qui peut être dans bien des cas soit le Conseil Municipal, soit la coopérative de l’école ou de la classe. Tu vois tout ce que cela implique comme temps d’écoute mais aussi de réalisation. Certains te diront que c’est du temps de perdu. Je l’ai cru à une époque mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis dit-on !

 

Tu ne perds jamais ton temps quand tu laisses s’exprimer tes élèves car tu vas trouver dans leurs propos matière à rendre ta classe plus vivante, plus conviviale aussi, une classe où les enfants se retrouvent chaque matin avec plaisir car c’est un peu leur chez eux. C’est la première marche vers la réussite. Il y a eu, en 2002-2003, un débat médiatisé sur l’ennui des enfants à l’école. S’ils s’y ennuient, le maître y est sûrement pour quelque chose. Sans vouloir me jeter de fleurs, (Mes chevilles vont enfler démesurément mais tant pis !) je précise que des parents d’élèves en difficulté m’ont dit souvent que le gamin (Ou la gamine!) venait avec plaisir à l’école parce qu’il sentait qu’on s’occupait de lui. C’est dans l’atmosphère que tu créeras en classe que résidera ce type de réussite qui facilite bien des tâches.

 

Le volet financier va devenir incontournable. Heureusement, tu as un ordinateur en classe ou en salle informatique et tu sais te servir de Microsoft Excel ou Works. (Si; si! Tu sais!!) La caisse coopérative de classe doit être gérée avec le plus grand soin : entrées d’argent, (Recettes.) sortie d’argent, (Dépenses.) simple passage. (Somme qui transite par la coopérative le temps d’un ramassage d’où sortie = entrée.) Tu sais pour l’avoir déjà vécu quel temps on perd à ramasser de l’argent. La queue au bureau, le liquide, (Rendre la monnaie que tu n’as pas !) les chèques au libellé fantaisiste, la vérification le soir à la maison, la tenue des comptes, bref autant de tâches que tu peux déléguer à des responsables. Définis déjà le moment de collecte et ses modalités : liste nominative, somme versée, somme à rendre, type de versement espèce ou chèques. Deux délégués s’y collent juste avant la récréation, c’est le meilleur moment. On note sur papier puis on reporte dans Excel. Ils font eux-mêmes la vérification et ventilent l’argent liquide dans les réceptacles fournis par la banque. Toi, tu n’as plus qu’à superviser la vérification. Il ne te reste plus qu’à déposer la somme sur le compte.

 

S’il doit y avoir dépense, c’est que la classe l’a jugé bon. C’est une décision collégiale ou du conseil des élus. La dépense doit être estimée soit par un devis, sois par une étude comparative faite en grande surface ou ailleurs. Tu utiliseras le chéquier de la coopérative scolaire et tu te feras remettre facture qui sera enregistrée comme pièce comptable par les enfants. Tu peux garder une petite somme en liquide pour de petits achats (Disons jusqu’à 20 €.) mais qui doit apparaître dans le décompte à jour. Quel que soit l’achat, aussi minime soit-il, tu dois produire une facture enregistrée comme pièce comptable. En fait, tout est simple à gérer et c’est à la portée d’un élève de cycle 3. Voici un tableau Excel en modèle.

 

COOPERATIVE SCOLAIRE, année 2001- 2002, CM2

 

 

 

 

Dépenses

Recettes

Pièce comptable

Report du solde de l'année scolaire 2000-2001

 

335,84 €

 

Achats de matériel pour plantations 21 08

2,69 €

 

facture 1

Achats de matériel pour plantations 21 08

47,76 €

 

facture 2

Reliquat d'espèces

 

9,15 €

remise d'espèces 1

Dépôt de deux chèques photos

 

9,15 €

remise de chèque 1

Rentrée des cotisations coop 20 09

 

228,75€

feuille 1 Excel

Sortie cotisations OCCE (25 X 0,80) 15 10

20,00 €

 

 Talon de chèque

Téléthon entrée 20 11

 

152,00 €

feuille 2 Excel

Téléthon sortie 12 12

152,00 €

 

Chèque à COOP école

Photos de classe : (32 x 5) entrée 25 01

 

160,00 €

 

Photos de classe : (160x80%) sortie 1 02

128,00 €

 

Chèque à photographe

Bus sortie USEP handball 3 03

55,00 €

 

Chèque à COOP école

Bus sortie USEP Cross 14 04

55,00 €

 

Chèque à COOP école

Bus sortie USEP balle ovale 12 06

55,00 €

 

Chèque à COOP école

Total

465,00 €

894,89 €

 

Solde de fin d'année

 

429,89 €

 

 

Comme tu peux le constater, c’est simple à mettre en place. Les élèves de cycle III qui préparent le B2I doivent pouvoir gérer ceci. C’est Excel qui calcule, donc pas d’erreur possible si les nombres sont bien rentrés en place. Les feuilles Excel en pièces comptables sont des listes nominatives qui servent à la récolte des fonds.

 

Le dernier volet de la gestion coopérative de la classe est sa gestion pédagogique. (Je vois ton sourcil se froncer!). Pas de panique, collègue ! Ils ne vont pas faire la classe à ta place. Ils vont simplement s’impliquer pour que tout fonctionne mieux. Le projet sera donc la clé de voûte de cette coopération. Il convient alors de présenter certains objectifs pédagogiques, en termes de projet dans lequel les compétences doivent s’acquérir et s’exprimer.Certains de ces projets sont les contrats qui ont été présentés dans les contenus. Mais il peut y avoir des projets plus spécifiques comme lire en maternelle décrit dans le chapitre 8.

Tu restes, bien sûr, (Et encore, pas si sûr que ça, parfois!) le maître à penser mais certains enfants seront les personnes ressources et tout le monde sera maître d’œuvre selon ses propres compétences.

Des panneaux affichés en classe définissent les grandes lignes du projet et son état d’avancement. Ils précisent le nom des personnes ressources. Celles-ci pilotent le projet et, avec l’aide du maître, gère sa progression. Il est bon que plusieurs projets soient menés de front, ce qui permet d’éviter aux élèves de tomber dans la routine, de pouvoir s’impliquer en fonction de ses goûts.

 

Voilà des exemples de projets menés en une année scolaire avec des CM2. Ces projets que j’avais proposés (Et oui, je servais encore à quelque chose!!) parmi d’autres avaient reçu l’approbation des enfants.

Lire en maternelle.

Correspondance scolaire par internet.

Jardinage à l’école avec des objectifs liés à la multiplication et reproduction des espèces.

Journal de classe qui recueillera sous forme d’articles et de photos tout ce qui se passe en classe : traitement de texte et des techniques de l’ordinateur. Envoi vers des sites d’école.

Mise en place d’un défi-lecture.

Participation au défi-lecture organisé par l’équipe de circonscription.

Participation au projet musical départemental.

 

J’entends d’ici les grincheux qui pleurent après leur leçon de grammaire, leurs exercices de bled, la règle de trois et autres réjouissances que les enfants adorent. A ceux là, je réponds, continuez de travailler comme au XIXème siècle, mais disparaissez vite du paysage de l’enseignement. Les enfants s’en porteront mieux. Mon objectif est de te faire comprendre que l’osmose doit exister dans le groupe classe. Ta classe, c’est ton orchestre, si on peut dire, une formation où chacun a sa place, ses tâches, son rôle, sans lesquels plus rien ne fonctionne. Tu diriges tout cela, comme le maestro qui a écrit la partition mais qui ne joue ni du violon, ni du piano, ni de la trompette. Et parfois, les élèves solistes se lancent dans l’improvisation, mais sur le canevas magistral. L’œuvre finale c’est ta pédagogie personnelle, axée sur l’épanouissement de l’enfant, mais aussi et surtout sur sa réussite quels que soient ses moyens. Car, qu’est-ce que l’échec scolaire ? Est-ce un élève en échec par rapport à un maître ou à un système ou un maître en échec vis à vis de la réussite de tel ou tel élève ? Rendez-vous au chapitre suivant.

 

 

 

20:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)