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16/09/2011

Echec scolaire, certes! Mais quid de l'échec pédagogique??

 

Elèves en échec scolaire ou maîtres en échec pédagogique ?



Il y a quelques années, lors d’une de ces grands-messes pédagogiques qu’affectionnent certains IEN, le thème récurent du débat était “ l’échec scolaire’’. L’IEN avait demandé à l’assistance d’essayer de définir l’enfant en échec scolaire. Il semblait qu’un consensus se dessinait, définissant l’enfant en échec scolaire comme un enfant qui n’arrive pas à acquérir les compétences correspondant à son cycle. Et puis ma question a fusé du petit groupe dans lequel je me trouvais, question qui abordait l’inabordable :

On parle toujours de l’enfant en échec scolaire mais jamais du maître en échec pédagogique. Ne serait-ce pas le maître qui serait, dans bien des cas, en échec par rapport à l’enfant, de part sa façon de fonctionner, par exemple en n’essayant pas de voir plus loin que le bout du nez d’un manuel qui pense à sa place ?’’

Un silence pesant suivit la question. L’IEN, surpris qu’un maître dise tout haut ce que lui, l'Inspecteur, pense tout bas depuis longtemps et qu’il ne peut exprimer de peur d’avoir la vindicte syndicale sur le dos, se dépêcha de répondre, après un sourire qui en disait long, que la question posée avait toute sa valeur mais que le temps manquait pour entrer dans le débat.

Car voilà bien de quoi il s’agit. L’échec pédagogique du maître est un sujet tabou. Oh! Je ne parle pas des quelques incompétents qui d’ailleurs ne sévissent pas longtemps dans les écoles. Non, je parle de toi, de moi, des membres de ton équipe pédagogique, bref du maître, de la maîtresse de base.

J’ai eu, quelques temps plus tard, une conversation franche sur ce sujet avec le même IEN. Nous fûmes d’accord pour admettre que bien des maîtres n’osent pas aborder de front le problème et se réfugient derrière des contingences matérielles pour éluder le sujet. Pire, le sujet est encore tabou dans certaines sphères académiques : c’est le sujet qui fâche les syndicats qui clouent au pilori l’Inspecteur qui oserait l'évoquer. Tant que les syndicats joueront cette partition, rien ne pourra avancer. Il y a, parmi les syndicalistes, des gens qui pensent comme moi, mais qui se taisent prudemment car ce n’est pas la pensée syndicalement correcte.

Et ils sont puissants, ces bougres de syndicats, défendant bec et ongles leurs avantages acquis, un peu ceux des maîtres, mais surtout les leurs : nombre beaucoup trop grand de décharges syndicales, (Claude Allègre a failli le dire mais même le Ministre de l’Education Nationale a dû se taire!) stages particuliers, déplacements aux frais de la princesse pour les délégués de l’étranger etc. Il manque des postes ? Remettons donc les déchargés (décharges totales ou demi décharges !) devant des enfants : d’une part ça allègera les effectifs, d’autre part les responsables syndicaux seront au plus près des réalités pour mieux les comprendre. Mais bon ! Arrêtons l’anti-syndicalisme primaire, ça ne te dit pas comment procéder.

Nous sommes donc gavés de discours syndicaux qui exigent des postes, des moyens, pour lutter contre l’échec scolaire. Personne dans les syndicats ne dira que les maîtres ne travaillent pas “comme il faudrait’’ car le pas “comme il faudrait’’ c’est ce que veut l’administration. Et un syndicat ne défend pas l’administration. Nous avons été gavés d’Instructions Officielles ou de Programmes qui disent tous à peu près la même chose malgré un emballage ministériel plus ou moins bien ficelé et surtout que nous ne lisons que du bout des yeux. Nous sommes gavés de manuels, “conformes aux derniers programmes’’ qui ont pensé à notre place et nous cédons trop volontiers aux sirènes de la consommation. Quant aux l’IUFM, bon nombre des formateurs qui y interviennent (Pour certains, je serais même tenté de dire : qui y sévissent!) sont trop loin des réalités de l’école élémentaire pour s’en préoccuper. Les IEN, eux, sont assis entre deux chaises et n’ont pas la partie facile.

Autre constat largement (Trop ?) diffusé dans les médias : les élèves ne savent pas lire en arrivant en 6ème, et l’illettrisme a fait son apparition dans des proportions non négligeables. En ce qui concerne la non maîtrise de la lecture en arrivant en 6ème, c’est pour partie une invention des professeurs de français pour masquer leur incapacité à gérer ce que l’école primaire a mis en place. Quant à la liaison CM2-6ème c’est encore trop souvent “rencontres du troisième type’’. Je m’explique.

Le prof, lui, il a son programme à effectuer, il a son vocabulaire à lui, ses horaires à lui, plus ou moins bien ficelés, son fonctionnement bien à lui, différent de celui l’autre prof d’à côté, il a ses convictions, ses contraintes, il doit effectuer du soutien obligatoire, mais pas forcément avec les élèves dont il a la charge d’enseignement etc. Et l’enfant dans tout ça ? C’est lui qui trinque et on dit qu’il ne sait pas lire, alors que sa lecture n’a peut-être besoin que d’être soutenue, ses référents enrichis, et qu’il ne suffit parfois que d’un peu d’écoute ou de patience.

On me rétorquera qu’il y a l’évaluation nationale des 6ème. Soyons clairs, il s’agit d’une évaluation diagnostique chargée de donner une photographie des réelles compétences des élèves d’une tranche d’âge à un moment donné et on peut faire dire tout et n’importe quoi aux résultats. Oui, il y a des enfants en grosses difficultés ; mais qui sont-ils ? Des non-lecteurs en CM2 ? Il n’y a qu’à Mayotte que j’en ai rencontré en trente ans de carrière. Mais Mayotte, c’est un cas d’espèce.

Qu’il y ait des enfants qui soient en délicatesse avec l’apprentissage de la lecture je l’admets volontiers. Mais qu’on dise qu’on ne sait pas lire quand on arrive en 6ème, cela est tout de même un peu gros. Il suffit de savoir ce qu’on met derrière le mot lecture pour avoir la réponse.

La combinatoire est acquise dans 99 % des cas, même si elle est parfois hésitante. Pourquoi est-elle hésitante ? C’est par manque criant de référents. S’il n’y a pas d’image mentale, le mot est, de toute façon, incompris et donc, pour certains élèves fragiles, mal déchiffré. Or, un enfant ne sait lire et comprendre que les mots dont l’image mentale est identifiée par lui. S’il a peu de référents, il sera en grosse difficulté au collège, non pas parce qu’il ne sait pas lire, mais parce qu’il ne maîtrise pas totalement la langue par manque d’images mentales. Alors, si en plus le prof utilise et cherche à imposer un vocabulaire technico-pédagogique, à mon sens hors de propos, c’est la cata. (J'ai vu un énoncé de devoir du soir donné à un élève de 6ème rédigé ainsi : relève tous les connecteurs spacio temporels de ce texte. Le gamin, bon élève au surcroît, n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être !) Et là, tu vas retrouver en difficulté les enfants issus des classes sociales sinistrées linguistiquement : enfants de l’immigration récente, du monde des gens du voyage, et malheureusement de cette frange de la France profonde intellectuellement pauvre. Les cas graves, eux, l’école élémentaire les a déjà orientés vers les SEGPA, les IMP, et autres établissements spécialisés.

Alors, le maître en échec pédagogique dans sa classe, c’est toi, c’est moi, c’est bon nombre d’entre-nous, reconnaissons-le parce que nous ne donnons pas toutes les chances aux enfants de réussir. Oh! Bien sûr, chaque classe se compose en gros d’un tiers de bons élèves, d’un tiers d’élèves dits moyens, et d’un dernier tiers d’élèves en difficulté et nous ne sommes pas en échec avec tous. C’est le tiers d’élèves en difficulté qui pose problème et parmi eux quelques individualités. Nous savons diagnostiquer mais personne ne nous a pas appris à vraiment combattre l’échec scolaire.

Toi, à ton niveau, tu as ton rôle à jouer. Le tiers d’élèves qui est en difficulté dans ta classe, analyse-le bien. Sont-ils en difficulté partout ? Qu’en est-il de la lecture ? Qu’en est-il de la maîtrise de la langue au niveau des référents compris ? Qu’en est-il du comportement face à l’école, à l’acte d’apprendre ? Si vraiment il y a une grosse distorsion, revois tes objectifs à la baisse et avance doucement en essayant de faire acquérir en priorité les compétences de base sans lesquelles l’enfant ne progresse pas. Un coup d’œil au document d’accompagnement des évaluations du CE2 te permettra de bien les appréhender pour pouvoir les travailler ensuite. La tâche n’est pas insurmontable, même avec un effectif lourd. (Pour exemple, à Mayotte, pendant l’année scolaire 2002-2003, j’avais un CE2 de 28 élèves répartis ainsi : 9 non-lecteurs ; 8 lecteurs déchiffrant sans compréhension, 11 lecteurs avec compréhension dont 1 de niveau métropolitain, à savoir : réussite 65% en français, 70% en maths. J’ai, par la force des choses, partagé ma classe et mes objectifs en trois groupes : niveau CP, niveau CP CE1, niveau CE1CE2. 8/9 des non-lecteurs ont appris à lire avec Ratus en un an, 2/8 du groupe intermédiaire ont pu rejoindre le CM1 avec 11/11 du groupe de niveau CE2.) On n’a pas, en France, même en ZEP de profil de classe comme ça.

Donc, la difficulté scolaire doit se gérer plus facilement, il suffit de le vouloir et de se donner les moyens. Et les moyens, ce n’est pas le manuel qui les donne. C’est ta pédagogie, c’est ta façon de procéder comme dans une classe à plusieurs niveaux. Défini les compétences, donne aux élèves les moyens de les maîtriser, peu à peu, lentement, mais sûrement. Mets au point un protocole compris de l’enfant, de ses parents, et du groupe classe. Obtiens leur adhésion car elle est la clé de voûte de ta réussite. C’est dans un climat de confiance que tout ce petit monde doit évoluer. Sache bien que malgré tout, tu n’atteindras que des niveaux à peu près raisonnables avec ces enfants. Mais tu leur auras donné la chance de progresser. La pédagogie différenciée ne t’empêchera jamais pas d’avoir fini ta journée à 16h 30. Car c’est bien de ça dont il s’agit dans ce livre. Travailler mieux, en travaillant moins, y compris pour l’élève, surtout celui en difficulté. Il lui faut plus de temps pour acquérir ? Donne-lui du temps ! Il se noie dans un verre d’eau ? Ne rempli pas trop le verre ! Il a besoin de se sentir en confiance ? Fais en sorte d’encourager ses progrès ! Conforte-le dans ses acquisitions, car il va en faire des progrès, c’est le but de la manœuvre ! Les objectifs qu’il doit atteindre au niveau des savoirs et des savoir-faire, il doit les connaître et être soutenu dans l’idée qu’il va y arriver.

Toi, tu sais pertinemment que ses moyens sont limités et que de toute façon, il aura bien du mal à suivre le rythme des autres. Mais tu lui as proposé une sorte de contrat progressif et il fait tout pour s’y tenir. Le gamin à encéphalogramme plat à l’école élémentaire, ça n’existe pas. De temps en temps, bien sûr, on tombe sur un cas difficilement gérable. C’est le cas qu’il faut admettre comme faisant partie des élèves pour lesquels je, tu, nous ne pourrons rien. Le signalement au RASED s'impose.

Aussi, ne place pas l'élève en difficulté à part dans l'espace classe. Si les tables sont individuelles, la modularité sera de mise. Ne le place pas non plus en décalage temporel avec les autres. Il travaille sur les mêmes activités avec une compétence à maîtriser adaptée, avec un support de travail différent. Son exercice d'entraînement sera allégé ou d'approche différente. Il doit se sentir capable de réussir ce que tu lui proposes. La réussite entraîne souvent la réussite. Le PPRE (projet particulier de réussite éducative) ce n'est rien d'autre qu'une adaptation raisonnée à une difficulté recensée des programmes de l'école. Cela ne te créeras pas de surcharge de travail, simplement la réflexion pour adapter la trame générale de la classe à ces cas spécifiques. Et si tu dois apprendre à lire à des non lecteurs, et bien accorde-toi le temps de le faire en proposant au reste du groupe classe une activité autonome. Tout le monde sera gagnant.

Chacun des chapitres concernant les contenus présente des tableaux d’évaluation avec des compétences à faire acquérir. Plonge dans ces tableaux pour te faire une idée de chaque enfant en difficulté. Au besoin, crée spécialement pour le contrat de soutien un relevé spécifique à l’enfant en question. L’évaluation de chaque compétence se fera par rapport à la compétence même et non par rapport à la norme admise. L’enfant doit se sentir capable de réussir ce qu’on lui demande et doit être encouragé. 12 réussites / 20 est un résultat qui mérite un encouragement pour un élève fragile mais qui sonne aussi comme un avertissement pour un bon élève. C’est toute cette gestion de l’acquisition qui fait que tu réussiras, sans travail supplémentaire. (Hormis le temps de la réflexion et celui de l’écrire noir sur blanc !) L’enfant en difficulté doit être persuadé qu’il progresse et que le fossé avec les autres ne s’agrandit pas. C’est peut-être autant un travail de psychologie que de pédagogie. Tu conviendras qu’aucun manuel scolaire ne peut apporter cela.

Alors, “exercice n° 3 page 35 pour tout le monde’’, ce n’est peut-être pas le bon moyen de conforter l’élève en difficulté. A toi de choisir le camp dans lequel tu veux jouer. La partie est simple : elle ne procure pas une surcharge de travail crois-moi. Celui qui dira le contraire ne sait pas de quoi il parle. Et comme je suis à la retraite, je peux même venir en parler dans ta classe avec toi.





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